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Huit mégawatts par-dessus les Alpes jusqu’à Zurich

En novembre 1979, Roger Schawinski a voulu briser le monopole public de la radiodiffusion suisse. Il a installé une station au sommet d’une montagne italienne et l’a pointée vers Zurich, à environ 130 km. Radio 24 est devenue une obsession nationale. Pour qui planifie la couverture, c’est aussi une leçon presque parfaite de site, de puissance et de directivité.

Une faille à 2 900 mètres

L’émetteur se trouvait près du sommet du Pizzo Groppera, à environ 2 950 m et juste en territoire italien, à deux pas de la frontière suisse au-dessus de la Mesolcina. Le lieu remplissait deux rôles à la fois. Sur le plan juridique, il était en Italie, hors de portée des régulateurs suisses. Sur le plan physique, près de 3 000 m d’altitude offraient une portée énorme. Ils n’offraient pas une vue dégagée sur Zurich. Les crêtes alpines entre le sommet et la ville bloquent toute ligne de visée optique. Le signal devait donc arriver autrement.

50 kW dans un mur de 32 champs

Deux émetteurs FM Collins de 25 kW alimentaient l’antenne, environ 50 kW au total. L’antenne était la vraie astuce. C’était un mur de 32 champs directifs empilés d’environ 22,5 dBd de gain, émettant autour de 101,6 MHz. Faites le calcul et 50 kW relevés de 22,5 dB approchent les 8 mégawatts de puissance apparente rayonnée dans le faisceau. Dans un documentaire de 1980, la télévision suisse l’a qualifié de plus puissant émetteur FM directif civil du monde.

On a discuté sans fin de ce chiffre de 8 MW à l’époque, mais le nombre exact compte moins que le mécanisme. L’émetteur n’a jamais produit de mégawatts. C’est l’antenne qui l’a fait, en refusant de gaspiller la moindre puissance dans toute direction sauf une.

Pourquoi pointer comme un projecteur ?

Une antenne directive fait ici deux choses utiles. Elle concentre presque toute l’énergie rayonnée dans un arc étroit vers Zurich, de sorte que rien n’est gâché sur des vallées vides. C’est ainsi que de modestes 50 kW deviennent des mégawatts dans l’axe. Elle écarte aussi le faisceau des fréquences des pays voisins. Waveshed permet de modéliser cela des deux façons. Saisissez les 50 kW de puissance d’émission et le gain d’antenne, et l’outil calcule la puissance rayonnée pour vous, ou saisissez directement l’ERP si vous la connaissez. L’émetteur de Radio 24 faisait 50 kW. Les mégawatts, c’est l’antenne qui les faisait, dans une seule direction.

Atteindre la ville

130 km, c’est loin pour la FM, qui vit et meurt par la ligne de visée, et ici il n’y en avait aucune. Les Alpes se dressent droit entre le sommet et la ville. Radio 24 l’a tout de même emporté, sur trois facteurs à la fois. Un site très élevé, une ERP de faisceau énorme pointée pile sur l’auditoire, et un public installé dans le bassin de plaine ouvert. Le signal a atteint la ville en diffractant par-dessus les crêtes intermédiaires, et non par un trajet dégagé. C’est précisément le type de propagation au-delà de la ligne de visée que le modèle ITM est fait pour prédire. Un outil de simple ligne de visée afficherait Zurich dans le noir. Pas l’ITM. Les autoradios et les postes de cuisine ordinaires la captaient nettement.

Viewshed en ligne de visée de Radio 24, seules de petites zones près du sommet sont éclairées et Zurich reste sombre
En mode LOS, presque rien n’atteint Zurich. La ligne de visée stricte laisse la ville dans le noir.
Couverture RF de Radio 24 avec l’ITM, la force du signal s’étend sur le terrain bien au-delà de la ligne de visée
Le même site en RF (ITM). La diffraction porte le signal par-dessus les crêtes jusqu’au bassin.

La diffraction par-dessus les crêtes fait le reste. Voir propagation des ondes radio pour la physique.

Le chat et la souris, puis une licence

Les autorités italiennes, pressées par Berne, ont fermé le site plus d’une fois, et il revenait toujours à l’antenne. L’émission pirate, appuyée par une pétition aux centaines de milliers de signatures, a poussé la Suisse à enfin autoriser les radios privées. En 1983, Radio 24 est rentrée, déplaçant son émetteur sur l’Üetliberg de Zurich et troquant un faisceau de 8 MW venu de l’étranger contre un signal local légal.

Modélisez-la dans Waveshed

Vous pouvez en recréer l’essentiel. Posez un émetteur sur le Pizzo Groppera à environ 2 900 m AMSL et réglez environ 100 MHz. Pour la puissance, passez à « TX + Gain » et saisissez 50 kW avec environ 24,6 dBi, puis ouvrez le panneau Capteur / Antenne et construisez un diagramme directif étroit pointé vers Zurich (orientation proche de 320°). Lancez l’ITM et regardez le faisceau s’étirer au nord-ouest par-dessus les contreforts. Parce qu’une hauteur de site proche de 3 000 m fait une grande part du travail, on obtient un lobe de couverture asymétrique qui porte bien plus loin dans une direction qu’un émetteur dix fois plus puissant depuis le fond de la vallée. Les mêmes ingrédients que Schawinski, sans la police.

Pour le diagramme d’antenne, réglez l’azimut sur Directif, avec une orientation proche de 320°, une ouverture d’environ 40°, un avant/arrière d’environ 25 dB et un plancher de lobes secondaires proche de −25 dB. Réglez aussi l’élévation sur Directif, avec un faisceau étroit proche de 6°, le même plancher de −25 dB et 1–2° d’inclinaison. Le gain du réseau est de 22,5 dBd, et Waveshed saisit le gain en dBi, indiquez donc environ 24,6 dBi avec les 50 kW pour atteindre les 8 MW d’ERP. Réglez « Signal min. » sur environ −100 dBm pour ombrer la zone où le signal reste exploitable. C’est à peu près le seuil où un autoradio FM accroche encore.

Deux remarques. La limite de portée publique est pour l’instant inférieure aux quelque 130 km que ce trajet exige, donc la portée complète n’apparaîtra que dans une version ultérieure. L’antenne est d’ailleurs toujours là. Basculez le fond de carte en satellite et vous repérerez l’installation près du sommet.
À retenir. La couverture, c’est site × ERP × diagramme, pas seulement des watts. Une haute montagne, une antenne directive et une puissance honnête battent la puissance brute presque à chaque fois, et une carte de couverture vous en montre la différence.

Les chiffres proviennent de la presse suisse de l’époque et de l’article Wikipédia en allemand sur Radio 24. Wikipédia récuse l’affirmation générale selon laquelle c’était le plus puissant émetteur FM du monde. C’était le plus puissant émetteur directif civil, les 8 MW étant une ERP concentrée dans le faisceau vers Zurich, et non une puissance d’émission brute.